Gérer un pays comme un système informatique… ?
Janvier arrive toujours avec une promesse implicite. Cette année sera différente. On se le dit comme on se promet de reprendre le sport ou d’arrêter le sucre.
Et pourtant, en décembre, la République démocratique du Congo apparaît comme ce pays fascinant qui vit tout en même temps. Entre routes et minerais, villages et enfance, administration et évidences. Ce n’est pas le chaos. C’est un système qui fonctionne sans tableau de bord.
Quand un logiciel se comporte ainsi, on ne parle pas de mauvaise intention. On parle d’absence d’instrumentation. Le programme tourne, parfois même avec élégance, mais personne ne sait réellement ce qu’il fait. Il n’y a pas de logs, pas d’audit, pas de retour terrain. Alors on débat, on interprète, on soupçonne. Chacun projette sa version de la réalité.
Quand la réalité devient narrative
Peut-on fonctionner durablement de cette manière ? Il y a beaucoup de volonté, beaucoup d’énergie, beaucoup de mots. Mais peu de données vérifiables. Et sans données, la réalité devient narrative. Chacun a la sienne.
Décembre a pourtant été limpide pour qui sait lire entre les lignes. Les minerais ne sont plus une richesse abstraite, mais une chaîne logistique fragile. Les provinces ne sont plus de simples périphéries, mais des systèmes distribués à faible connectivité. La santé, la sécurité, l’agriculture ou les routes ne manquent pas d’acteurs. Elles manquent surtout d’outils sobres, adaptés et mesurables.
La bonne nouvelle, c’est que ce problème n’est pas idéologique. Il est technique. Et donc soluble.
Un pays a besoin d’être observable.
Je ne crois pas à l’État parfait. Un développeur ne rêve jamais de perfection. Il rêve de systèmes maintenables, compréhensibles et réparables.
Quand un sac de cacao traverse une frontière, il devrait laisser une trace. Quand une route se dégrade, elle devrait apparaître sur une carte avant de disparaître sous l’eau. L’observabilité n’est pas un luxe. C’est une condition minimale de gouvernance.
C’est cette conviction qui m’a poussé, ces dernières années, à construire des outils plutôt que des discours.
La visibilité comme levier d’amélioration
Libateli est né d’une idée simple : une organisation ne s’améliore pas par la morale, mais par la visibilité. Donner aux structures locales des tableaux clairs, des processus traçables, des décisions appuyées sur des faits. Non pas pour contrôler, mais pour comprendre.
Quand les responsabilités sont visibles, quand les données sont lisibles, les décisions cessent d’être intuitives pour devenir explicables.
Rendre le réel lisible, même sur le terrain
Wadoria est allé encore plus loin dans cette logique. Sur le terrain, avec des agents, des rondes, des horaires et des incidents. Peu de réseau. Peu de confort. Mais une exigence absolue : que chaque action laisse une trace vérifiable.
Une heure. Un lieu. Un passage. Non pas pour surveiller des hommes, mais pour rendre le réel lisible.
Ce n’est pas de la magie. C’est du bon sens numérique.
Des technologies qui acceptent le réel
Le Congo n’a pas besoin de la Silicon Valley. Il a besoin de technologies qui acceptent la coupure de courant, le réseau instable, le téléphone basique, l’agent isolé et le fonctionnaire débordé.
Des outils capables de fonctionner hors ligne, d’horodater, de géolocaliser, de prouver sans humilier. Des systèmes qui transforment l’intention en signal exploitable.
L’avenir se joue à hauteur de terrain
L’avenir ne se jouera pas uniquement dans les sommets internationaux. Il se joue déjà dans les petits écrans fissurés qui commencent enfin à remonter la vérité du terrain.
Le jour où un incident, une dépense, un contrôle, un paiement ou une inspection laissera une trace claire et exploitable, quelque chose changera. Pas par la contrainte, mais par la cohérence.
Sans logs, un logiciel ment sans le vouloir.
Sans logs, un État devient une rumeur.
2026, une année d’espoir technique
Cette année s’ouvre sous le signe d’un espoir discret mais solide. Celui des outils qui ne font pas de bruit mais font leur travail. Celui des développeurs congolais qui ne commentent pas la réalité, mais l’outillent. Celui d’un pays qui cesse de piloter à vue et commence à regarder ses propres données sans peur.
Bonne année, RDC.
Le code est prêt.